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vendredi 4 juin 2021

HOMELIE DU CURE (Fête-Dieu 2021)

 HOMELIE FÊTE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST (6 juin 2021)

 

Celui qui aime, désire être le plus proche possible de celui ou celle qu'il aime.

Ainsi est DieuIl nous aime et il a désiré être le plus proche possible de chacun et chacune de nous.

 

Dieu aurait pu se contenter de se montrer et de venir près de nous dans sa création, à travers la beauté de la nature. Et il l'a fait.

Il aurait pu se contenter aussi, et il l'a fait, de nous adresser sa Parole par les prophètes: il a envoyé des hommes qui ont parlé de lui et de sa part.

Et nous avons senti que Dieu était proche, puisqu'il nous adressait la Parole.

 

Mais Dieu ne s'est pas contenté de créer le ciel et la terre, même pas de nous envoyer des hommes, il a voulu venir lui-même, en personne.

Et il a envoyé son Fils, pour qu'il soit le plus proche possible de nous, qu'il soit semblable à nous et qu'il prenne notre corps.

Pour que Dieu puisse nous toucher par ses mains, nous imposer les mains, nous parler par sa bouche, nous embrasser comme Jésus l'a fait avec les petits enfants.

 Pour être vraiment proche de nous, Dieu descend jusqu'à notre niveau.

 => C'est un amour réaliste.

 

Mais Jésus est parti. Il a disparu dans son humanité, nous ne le voyons plus.

Jésus aurait pu se contenter de dire: "Mais ils ont les Evangiles, mes paroles, mes paraboles, les récits des apôtres... Qu'ils se contentent de cela!".

 Ce n'est pas son genre, à Jésus, Dieu, de venir par autre chose, un livre, des paroles, ou un souvenir.

Jésus a voulu rester avec nous lui-même, dans l'Eucharistie; lui-même personnellement, avec tout son être, toute sa présence, pour qu'il puisse continuer à nous toucher, pour qu'il puisse entrer en nous, puisque nous le mangeons.  

Pour être toujours avec nous. 

=> C'est un amour durable.

 

Jésus est donc si proche que, sous la forme du pain et du vin, il entre en nous. On ne peut pas être plus proche que cela.

Et il est en nous entièrement, corps et âme, divinité et humanité.

L'Eucharistie n'est pas quelque chose de Jésus, c'est Jésus lui-même.

D'ailleurs, si Jésus avait dit: "Je vais vous donner quelque chose de moi, un souvenir, un objet", les Juifs n'auraient jamais protesté. Ils auraient dit: "Oui, Seigneur, c'est bon de nous faire un petit cadeau".

Mais ils ont protesté, ils ont dit: "Comment cet homme peut-il nous donner sa chair?" Ils ont très bien compris que Jésus voulait donner beaucoup plus qu'un objet ou un petit cadeau. D'ailleurs, beaucoup sont partis; même Pierre et les 11 autres ont voulu partir...

=> C'est un amour personnel et total.

 

Chers amis,

Dans une semaine, dans quelques jours, les mesures de sécurité restreignant le nombre de participants à nos eucharisties vont être assouplies.

On pourra à nouveau participer à la messe quand on veut et comme on veut, ou à peu près.

Je me demande :

Cette privation d’eucharistie, subie, endurée durant des mois et des mois, qu’est-ce qu’elle aura eu pour effet sur nous les chrétiens, les disciples du Christ ?

-N’aurons-nous souffert que du manque de contacts sociaux auxquels nous étions habitués en venant habituellement à la messe ? L’absence de communauté ?

-Aurons-nous été juste dérangés dans nos habitudes, un peu comme quand on a attendu un bus qui n’est pas passé ; et que finalement on a pu combler ce temps du dimanche matin ou du samedi soir en faisant autre chose ?

-Et si un certain manque spirituel s’est fait sentir, avons-nous cherché comment nous pourrions le combler,

soit en cherchant des lieux où il y avait encore possibilité d’avoir une place à l’église,

soit en regardant une messe à la télévision et en demandant au prêtre, diacre ou autre personne de nous rapporter la communion,

soit en prenant un temps de prière au moment de l’eucharistie et en méditant la Parole…. ?

Ou bien n’avons-nous simplement rien fait ........?

 

Oui, quel est l’impact de ce confinement sur notre façon de vivre désormais l’eucharistie ?

Avons-nous eu faim, réellement faim de Jésus, le Pain de vie ?

J’ai peur que beaucoup ne retrouvent pas le chemin de la messe après la Pandémie. Ils auront choisi simplement la facilité, une habitude qui tombe, voilà tout.

Si la branche tombe, c’est qu’elle était déjà morte depuis un certain temps.

 

D’autres heureusement ont gardé vivante la flamme et le désir, envers et contre tout,

et seront heureux de retrouver à la fois leur communauté et ce cadeau inestimable et irremplaçable de l’Eucharistie.

Je voudrais ici remercier très chaleureusement tous ceux et celles qui se sont décarcassés pour garder le flambeau allumé, et permettre grâce à leur dévouement que la sainte Messe ait lieu dans nos églises afin que les paroissiens qui le pouvaient (et le voulaient) puissent y participer le mieux possible.

Merci à ceux qui ont tenu les permanences téléphoniques pour inscrire les gens, sacrifiant leur temps et leur vie familiale… !

Merci à ceux qui ont maintenu dans des conditions difficiles l’animation liturgique et musicale, préparant les chants, produisant les feuillets, fleurissant les autels et les statues… !

Merci à ceux qui, organisant l’accueil, veillaient en même temps à la sécurité et se débrouillaient pour que les églises soient ouvertes, propres et chauffées, les chaises désinfectées, les informations communiquées… !

Beaucoup y ont mis plus que de la bonne volonté. Nous leur devons de la reconnaissance.

 

Cependant… aurons-nous tiré les leçons de ce Grand Jeûne eucharistique que nous a imposé le Coronavirus ?  Est-ce que nous, les chrétiens, nous aurons mieux compris l’importance de l’Eucharistie pour notre vie et celle de l’Eglise ?

: Il n’est pas exclu que d’autres situations de catastrophe collective arrivent à nouveau à l’avenir.  C’est même probable. Il y en a toujours eu dans l’histoire.

Mais toujours, l’Eucharistie a été célébrée, dans des conditions parfois extrêmement dures comme dans les camps de concentration, dans des pays où régnaient des famines ou la guerre… dans les goulags soviétiques, les prisons communistes vietnamiennes ou chinoises, ou lors des génocides, des exils ou des déportations…

Une pandémie comme nous venons de connaître a eu en plus ce côté pervers que se rassembler -ce qui est le propre de la messe- était vecteur de mort pour ceux qui viennent pour recevoir la Vie !  Ce fut extrêmement dur de choisir de ne pas célébrer pour préserver la vie d’autres personnes qui pouvaient être contaminées directement ou par ricochet.

Les évêques qui ont invité les fidèles à respecter les mesures de confinement et à s’abstenir un certain temps de vivre la messe ont dû faire un choix courageux et difficile. Je crois que Jésus l’aurait approuvé.

Moi, en tout cas, ça m’a aidé à retrouver l’essentiel de l’eucharistie.

 

Dans les camps de concentration, il n’y avait ni chants, ni fleurs, ni beaux vêtements liturgiques… à peine un tout petit bout de pain moisi et de raisin mûri…

Dans les goulags, il n’y avait pas de sièges confortables dans des églises chauffées… Pas de sonos ni de projection de vidéos… Pas de panneau de carême ou d’avent artistiquement décoré…

Chez les chrétiens persécutés se réunissant subrepticement pour une messe secrète, il n’y avait pas d’envie de papoter avec son voisin ou sa voisine pendant que le prêtre célébrait, ou de penser à ses courses à faire pour le dîner…

…Il n’y avait rien, rien de tout ce à quoi parfois nous attachons tellement d’importance au cours de nos célébrations !

=>Tellement d’importance parfois que cela nous stresse si tout n’es pas pile poil comme nous nous y attendions, comme nous croyons que cela doit être… Et qu’on se prend même la tête à cause d’une remarque de l’un ou l’autre qui a remarqué le détail qui manque ou la fausse note!

Je pense que tout cela est certes utile -fort utile parfois, ajoutant de l’agrément, de la beauté, du confort ; facilitant pour les fidèles qui trouvent tout prêt quand ils arrivent (et qui ne se demandent souvent même pas comment et par qui tout s’est mis en place)….

Oui, l’usage de la technologie est un plus, certes ; l’agencement d’une église pour qu’elle soit belle et accueillante pour ceux qui viennent à la messe est une chose importante, sans conteste.

Mais le PRINCIPAL n’est-il pas finalement dans ce que rien ni personne ne peut nous enlever : communier au Christ qui se donne à nous dans le Pain de vie et dans sa Parole ?

La Rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie ne dépend pas non plus de la qualité du prêtre ou de son homélie ; il peut être moche, pauvre et inculte, mais il rend Dieu présent dans le pain et le vin, et c’est cela qui compte ! Une messe de camp sur une table de brelages vaut le plus bel autel du monde !

Jésus est là dans le pain et le vin eucharistique, d'une manière mystérieuse et réelle.

=>Si le confinement nous a au moins appris cela, il n’aura pas que servi à rien !

L'Eglise n'a jamais cessé pendant 20 siècles de nous l'affirmer, même si toujours au cours des siècles, cela a été dur à croire.

L'Eglise n'a jamais cessé de le dire. A nous d’en vivre maintenant, jour après jour, semaine après semaine, pour réaliser la belle parole de St Augustin, si forte et si interpellante :

« chrétien, deviens ce que tu as reçu ». Amen !

abbé Bernard Pönsgen